Annie,
Nous avons partagé des années entourées de livres, dans un lieu où le silence avait du sens et où les mots passaient de main en main.
À tes côtés, j’ai découvert une autre manière d’habiter la vie.
La tienne avançait légère, un sac sur l’épaule, ouverte aux routes, aux ailleurs, aux voyages décidés sur un élan.
Tu peignais à quatre mains, recréant des tableaux anciens, comme si l’art pouvait se transmettre autrement que par les cadres et les murs.
Tu me parlais de liberté, je te parlais de mon fils.
Nous nous enviions sans le dire vraiment, chacune regardant le monde depuis son propre rivage.
Nous étions à Neufchâteau, et pourtant déjà ailleurs, chacune à sa façon.
Le temps a fait son œuvre, les chemins se sont séparés sans bruit.
Je ne sais pas où tu es aujourd’hui,ni ce que la vie t’a offert depuis.
Alors j’envoie ces mots comme un ballon.
Sans attente précise.
Juste pour dire :ce que nous avons partagé a compté.
Si ces mots te parviennent un jour, sache qu’ils sont portés par un souvenir doux et par le désir simple de savoir comment tu vas.
— VS