À toi,
Nous avions à peine vingt ans.
Les nuits finissaient tard, souvent chez toi, après les lumières et la musique trop forte.
Je te voyais comme un ami de ces heures-là, un compagnon de rires et de retours au matin.
Tu étais militaire, déjà marqué par la vie, divorcé si jeune, et pourtant toujours doux dans tes mots quand tu parlais de celle que tu appelais ta « bichouchou choupinette ».
Puis un soir, tout a changé.
Deux routes se sont croisées, deux présences se sont jaugées, et moi, au milieu, sans vraiment mesurer ce qui se jouait.
À un feu tricolore, dans la lumière suspendue de la fin de nuit, tu es sorti de ta voiture.
Tu t’es approché côté passager et tu m’as simplement dit :
« Au revoir. Je te souhaite tout le bonheur du monde. »
Puis tu es reparti.
Je n’ai pas compris tout de suite.
Il m’a fallu des années pour saisir la grandeur de ce geste. Tu ne t’es pas imposé. Tu n’as rien réclamé. Tu as laissé la place, comme on ouvre une barrière pour que l’autre avance librement.
Aujourd’hui, je veux te dire merci.
Merci pour cette élégance silencieuse. Merci pour ce respect immense. Merci pour cette façon rare de savoir s’effacer sans jamais disparaître du cœur.
Je n’ai aucun regret.
Seulement de l’affection, et l’espoir sincère que ta vie ait été belle, riche, aimée.
Alors j’envoie ces mots à la mer, comme on laisse partir un souvenir fidèle, en espérant qu’il ait trouvé, lui aussi, son bon chemin…
et peut-être un peu de galop heureux (petit clin d’oeil à ton nom).
— Véronique