Messages déposés
Quelques mots confiés ici, au fil des chemins de vie.
Ces messages ont été déposés dans cet espace comme on confie une lettre au vent, sans certitude de réponse, mais avec sincérité.
Ils ne sont ni des exemples, ni des modèles.
Simplement des mots vrais,
nés d’instants de vie, partagés ici pour ouvrir le chemin.
Certains sont signés,
pour que ceux à qui ils s’adressent puissent se reconnaître.
D’autres resteront anonymes, comme il se doit parfois.
Annie,
Nous avons partagé des années entourées de livres, dans un lieu où le silence avait du sens et où les mots passaient de main en main.
À tes côtés, j’ai découvert une autre manière d’habiter la vie.
La tienne avançait légère, un sac sur l’épaule, ouverte aux routes, aux ailleurs, aux voyages décidés sur un élan.
Tu peignais à quatre mains, recréant des tableaux anciens, comme si l’art pouvait se transmettre autrement que par les cadres et les murs.
Tu me parlais de liberté, je te parlais de mon fils.
Nous nous enviions sans le dire vraiment, chacune regardant le monde depuis son propre rivage.
Nous étions à Neufchâteau, et pourtant déjà ailleurs, chacune à sa façon.
Le temps a fait son œuvre, les chemins se sont séparés sans bruit.
Je ne sais pas où tu es aujourd’hui,ni ce que la vie t’a offert depuis.
Alors j’envoie ces mots comme un ballon.
Sans attente précise.
Juste pour dire :ce que nous avons partagé a compté.
Si ces mots te parviennent un jour, sache qu’ils sont portés par un souvenir doux et par le désir simple de savoir comment tu vas.
— VS
À toi,
Nous avions à peine vingt ans.
Les nuits finissaient tard, souvent chez toi, après les lumières et la musique trop forte.
Je te voyais comme un ami de ces heures-là, un compagnon de rires et de retours au matin.
Tu étais militaire, déjà marqué par la vie, divorcé si jeune, et pourtant toujours doux dans tes mots quand tu parlais de celle que tu appelais ta « bichouchou choupinette ».
Puis un soir, tout a changé.
Deux routes se sont croisées, deux présences se sont jaugées, et moi, au milieu, sans vraiment mesurer ce qui se jouait.
À un feu tricolore, dans la lumière suspendue de la fin de nuit, tu es sorti de ta voiture.
Tu t’es approché côté passager et tu m’as simplement dit :
« Au revoir. Je te souhaite tout le bonheur du monde. »
Puis tu es reparti.
Je n’ai pas compris tout de suite.
Il m’a fallu des années pour saisir la grandeur de ce geste. Tu ne t’es pas imposé. Tu n’as rien réclamé. Tu as laissé la place, comme on ouvre une barrière pour que l’autre avance librement.
Aujourd’hui, je veux te dire merci.
Merci pour cette élégance silencieuse. Merci pour ce respect immense. Merci pour cette façon rare de savoir s’effacer sans jamais disparaître du cœur.
Je n’ai aucun regret.
Seulement de l’affection, et l’espoir sincère que ta vie ait été belle, riche, aimée.
Alors j’envoie ces mots à la mer, comme on laisse partir un souvenir fidèle, en espérant qu’il ait trouvé, lui aussi, son bon chemin…
et peut-être un peu de galop heureux (petit clin d’oeil à ton nom).
— Véronique
